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Guide d'identification
Kawanishi N1K1-J Shiden et N1K2-J Shiden Kai `George'
Kawanishi N1K1 Kyofu `Rex'
 
Fiche d'identité
Type Chasseur terrestre (données N1K2-J)
Construction entièrement métallique, surfaces de contrôle entoilées.
Moteur Nakajima Homare 21 [Ha-44]21, 18 cylindres en double étoile, refroidi par air développant 1990ch au décollage.
Armement : 4 canons de 20mm d'ailes
Dates clés 1 er vol N1K1 le 27 décembre 1942, N1K2-J le 31 décembre 1943.
Constructeur Kawanishi (cellule), Nakajima (Moteur)
Equipage 1 pilote dans un habitacle fermé
 
Résumé
La série des N1K1-J et N1K2-J débute par la modification d'un chasseur amphibie N1K1 réussi mais inutile en chasseur terrestre de la catégorie 2000ch.
Malgré des difficultés techniques liées à la `génétique' de l'avion, ses bonnes performances le placent en tête des priorités de production de la Marine. Le Shiden (éclair violet) fait ses débuts pendant la grande défaite des Mariannes et des Philippines. Comparable voire meilleur que les F4U et F6F, ce seront les tactiques de combat et un meilleur entraînement qui placeront les américains en position d'avantage. Sans parler, bien sur de leur forte supériorité numérique.
La version N1K2-J Shiden-Kai, fortement améliorée donne un avion aux performances excellentes mais qui arrive trop tard et en trop petit nombre pour arrêter le rouleau compresseur allié.
Cependant, jusque au bout, le Shiden-Kai restera un adversaire redoutable pour les pilotes alliés qui découvrent avec stupeur une farouche opposition en 1945 alors qu'ils croient la partie gagnée.
 
L'histoire en détail
La guerre est à peine commencée quand Kawanishi, un fabriquant d'hydravions renommé (H8K `Emily') décide de transformer son chasseur amphibie N1K1 Kyofu (bourrasque) en chasseur terrestre pour la Marine. Le N1K1 ayant des performances intéressantes avec un moteur Kasei de 1500ch et des flotteurs, il est prévisible que le N1K1-J qui en dérive utilisant un moteur de 2000ch prévus ait des performances en net progrès.
Cependant, tout n'est pas si simple. Le Kyofu a une aile implantée à mi-hauteur dans le fuselage. Pour que la grande hélice 4 pales associée au moteur Homare (honneur) ne touche pas par terre, il faut un train d'atterrissage très long et donc incompatible avec le dessin initial. Les ingénieurs inventeront un système complexe de rétraction des jambes pour qu'elles tiennent sous les ailes ! Ce système sera cependant une vraie problème en usage réel. Le prototype vole fin décembre 1942.
L'avion se comporte bien malgré des problèmes de train, de visibilité au roulage et de mise au point et de couple du moteur Homare alors en pré production. Mais en l'air, l'avion est performant et maniable. Son génial système de volets de combat automatiques grâce à un système à dépression et tubes de mercure lui confère une maniabilité comparable à celle du A6M5. Bien que les décideurs de la Marine, n'apprécient pas que Kawanishi ait développé son avion sans leur avis, étant donné ses performances comparé au Mitsubishi J2M2 production (vitesse presque égale et maniabilité meilleure), le N1K1-J est sélectionné comme intercepteur de base. Il est baptisé `Shiden' soit `éclair violet'.
N signifie que c'est un hydravion de chasse, 1 que c'est le premier modèle développé par Kawanishi (K), 1 la première version et J désigne les chasseurs terrestres. Etant développé à la suite du Kyofu, le Shiden hérite du suffixe –J en rajout.
Le N1K1-J de présérie ont un moteur Nakajima Homare 11 de 1850ch (en théorie) peu fiable et sont armés de 2 mitrailleuses de fuselage de 7.7mm ainsi que de deux canons de 20mm de voilure et deux en gondoles sous les ailes.
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/Le N1K1-J Shiden modèle 11
Les appareils de série profitent d'un moteur Nakajima NK9H Homare 21 de 1990ch avec échappements propulsifs.
Le N1K1-J découvre le combat dans les Philippines avec le 201e groupe, mais beaucoup des avions sont détruits au sol ou par accident. Moteur, train d'atterrissage, freins, créent des problèmes récurrents. Ils ne seront jamais réglés.
En l'air, c'est une autre histoire et les pilotes US commencent à redouter le nouveau `George'. Le Hellcat a enfin trouvé un ennemi à sa hauteur et le Corsair est dépassé quand ça tourne...
Pendant ce temps, au Japon, on améliore le chasseur en faisant tenir les 4 canons dans les ailes, ce qui apporte une réduction de traînée appréciable. C'est la version N1K1-Ja. Mais les mitrailleuses de capot disparaissent. Une version `b' avec quelques améliorations (nouveaux canons et lance-bombes) est alors produite, mais le meilleur est à venir...
Production : 1007 dont 9 prototypes.
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/Le N1K2-J modèle 21
Les problèmes de train ne pouvant être résolus qu'avec une profonde modification de la structure, les ingénieurs de Kawanishi vont en profiter pour simplifier drastiquement le N1K1-J. Bien qu'utilisant les mêmes ailes et le même moteur, c'est un avion très différent qui voit le jour (certaines sources parlent de 23000 pièces en moins !). Les ailes sont désormais en position basse et un train d'atterrissage plus court est monté. Le fuselage rallongé et les plans arrière modifiés. Un nouveau capotage moteur plus aérodynamique sera dessiné mais pour des raisons de rationalisation, on retiendra le modèle du N1K1-J. Le N1K2-J pèse 240kg de moins, chose rare sur une évolution.
Ce nouvel avion prend la désignation de Shiden-Kai (Kaizo voulant dire `modifié' en japonais)3
Le prototype N1K2-J prend l'air le 31 décembre 1943. Des problèmes de train et de moteur continuent à empoisonner la carrière de l'avion mais la Marine est très enthousiaste et elle sélectionne l'avion comme son chasseur terrestre principal. Les rapports de combat citent un nombre important d'accidents et de victimes du fait du déploiement accidentel du train en l'air. Il y aura des soucis d'armement. Il est bon de savoir qu'à cette époque, les japonais n'arrivent plus à produire de l'essence aviation de qualité. Ils la diluent avec des spiritueux à base de résine de pin, ce que les moteurs hâtivement fabriqués n'apprécient pas.
La fin de la guerre approchant, la production est lente et les pièces commencent à manquer sur la chaîne du fait des bombardements de B29. La qualité générale de la main d'œuvre et des matières premières achèvent la production.
Une sous version `ko' (`a') apparaît après 100 exemplaires de série. Elle prévoit des racks à bombes et la dérive est redessinée, un peu plus petite.
Le Shiden-Kai est un excellent appareil à basse et moyenne altitude, mais il n'est pas adapté à l'interception des bombardiers B29. Aussi, le J2M3 production à qui, il a volé la vedette reprend du service dans ce but en fin 1944. Mais dans le rôle d'intercepteur, il excelle quand manié par des hommes aguerris. Ses canons ont une efficacité redoutable mais leur usage est plus difficile que celui des mitrailleuses calibre 12.7mm des américains. Et les japonais n'arrivent jamais à mettre en l'air des groupes suffisants pour attaquer de front les vagues de chasseurs américains.
Contrairement aux affirmations lues ci et là, les Shiden-Kai ne seront pas utilisés pour des missions suicide car bien trop utiles, comme leurs pilotes, dans leur rôle de défense aérienne.
Production : 501 exemplaires dont 8 prototypes.
Un appareil biplace tandem d'entraînement N1K2-K sera produit en petite série.
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/A propos du N1K1 Kyofu ` Rex'
Le N1K1 est construit selon une spécification de la marine 15-shi de septembre 1940 visant à créer un chasseur amphibie qui au contraire du Nakajima A6M2-N (la version à flotteurs du Zéro) serait construit spécifiquement pour cette mission.
C'est Kawanishi, un fabriquant renommé d'hydravions qui s'y colle et l'équipe de développement aboutit à un appareil assez massif aux ailes mi-hautes porté par un gros flotteur central et deux flotteurs d'ailes. Ces derniers, par un astucieux système de repliage et dégonflage doivent réduire la traînée au maximum. Mais le système s'avère beaucoup trop lourd et compliqué et on revient à des flotteurs fixes classiques.
L'avion est propulsé (comme le J2M) par un gros moteur 14 cylindres Mitsubishi Kasei 14 de 1460ch et équipé d'un arbre rallongé entraînant une hélice contrarotative. Cette technique permet d'annuler les couples moteurs qui sont critiques sur un appareil amphibie. Mais le système s'avère trop compliqué et on revient là encore à une conception plus académique avec une hélice tripale. Le Kyofu devient donc un appareil assez toxique au décollage du fait d'importants effets moteur. L'armement prévoit 2 mitrailleuses de fuselage de 7.7mm et deux canons d'aile de 20mm comme d'habitude.
La production démarre avec quelques améliorations telles que le moteur Kasei 15 de 1460 puis, 1530ch.
L'appareil entre en service en juillet 1943 mais il s'avère inutile : entre temps, les Japonais ne sont plus à l'attaque mais sur la défensive. L'usage en support d'attaque est superflu et l'hydravion ne fait pas le poids face aux chasseurs navals et terrestres alors apparus malgré se bonnes performances intrinsèques. Il est dit que seul le spitfire à flotteurs lui serait supérieur.
Seulement 89 exemplaire seront produits jusqu'en mars 1944.
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/Les projets
Le N1K2-J est trop centré arrière. Aussi, une version à fuselage rallongé à l'avant verra le jour. L'espace libre dégagé permet de rajouter deux mitrailleuses de capot de 13.2mm.
Deux prototypes N1K3-J modèle 31 sont construits, mais pas d'appareils de série.
Une version navalisée du modèle 31 est prévue, ce sera le N1K3-A modèle 41 : pas d'exemplaire de série (la Japon n'a plus de porte-avions).
Pour améliorer la fiabilité du moteur Homare 21, une version à injection basse pression, le NK9H-S Homare 23 de 2000ch est montée dans le N1K4-J modèle 32 et N1K4-A modèle 42. Mais il n'y a plus de porte-avions et le projet est abandonné après 2 prototypes.
Une version haute altitude utilisant un moteur Homare 44 à compresseur 3 étages est prévue.
Le moteur Homare étant vraiment caractériel, il fut prévu d'installer le nouveau Mitsubishi MK9A 18 cylindres de 2200ch dans un N1K5-J modèle 23. Mais le prototype sera détruit dans un bombardement avant d'avoir volé.
/Le 343ème kokutai (escadre)
En 1945, la Marine mandate le Capitaine Genda (le stratège de Pearl Harbor) pour créer une escadre de chasse utilisant les meilleurs hommes et les meilleurs avions. C'est le pendant japonais de la JV44 des Allemands. Au milieu de pilotes novices envoyés par dizaines à l'abattoir ou en mission kamikaze dans des avions périmés, les Américains vont trouver des ennemis à leur hauteur.
L'escadre est bien entendu équipée du Shiden-Kai et ses pilotes sont recrutés parmi les vétérans de toutes le unités. L'idée est séduisante, mais les pilotes du 343ème ne pourront pas lutter contre l'armada américaine et leur supériorité technique ne peut rien contre le nombre et les excellentes tactiques de groupe US. Cependant, c'est la fin de l'impunité pour les pilotes de Corsair, Hellcat et P51 au large d'Okinawa puis au dessus du Japon. Le 343ème fera de son mieux, c'est-à-dire beaucoup mieux que les autres escadres, mais c'est une goutte d'eau au milieu de la déroute ambiante.
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/Epilogue
Une fois la capitulation prononcée, les américains, très intéressés par le N1K2-J vont en sélectionner 6 à Omura (la base du 343ème Kokutai). De ces 6 avions remis en état de vol et essayés par des pilotes japonais escortés par des appareils de la Navy, 3 seront effectivement transportés aux USA. Les performances étonnantes du `George' avec du carburant de bonne qualité et ses redoutables qualités manœuvrières ont bluffé les américains. Il semble acquis que le George était plus maniable que le Hellcat même si en combat, les performances de 4 canons étaient moins bonnes dans les mains d'un pilote moyen.
Deux des trois avions sont actuellement détenus par des musées : 343-A-19 à NMNA à Pensacola en Floride et 343-A-35 au NASM (à Washington Dulles à partir de l'automne 2003). Cet avion a été prêté au Champlin Museum et sa restauration est absolument superbe. Un exemplaire est visible au Dayton USAF Museum dans l'Ohio mais il n'est pas sur que cela soit le `vrai' troisième.
/Couleurs
Comme toujours, les prototypes sont uniformément orange. Puis, les modèles de série reçoivent un camouflage vert IJN dessus, gris clair IJN dessous et une étroite bande noire anti-reflets du cockpit au bout du capotage moteur. Les hinomarus (disques rouges) étaient généralement cerclés de blanc. Généralement, les insignes d'unités sont marquées sur la dérive. Des bandes de fuselage diagonales servaient d'identification pour les avions des officiers et des chefs de section.
/Conclusion
Le Shiden et son successeur, le Shiden-Kai sont de très bons appareils mais qui apparaissent trop tard et en trop faible quantité alors que la guerre est déjà perdue. Intrinsèquement bons, ces chasseurs ne peuvent inverser la vapeur face au déluge militaire américain. Etranglés de toutes part et bientôt sous les bombes des B29, les japonais font de leur mieux pour fabriquer ces appareils mais aussi pour former et entraîner des pilotes ayant une chance de survivre à leurs premiers combats. Cependant, malgré des problèmes techniques incurables et des conditions abominables, les Shiden-Kai représenteront une réelle menace pour les chasseurs et bombardiers américains. En tout cas tant qu'ils restent à basse ou moyenne altitude.
Reste que des pilotes experts tels que Kaneyoshi Muto ont prouvé qu'ils pouvaient s'attaquer avec succès aux meilleurs chasseurs américains. Muto aurait abattu à lui tout seul 4 Hellcat en février 1945. C'est une action idéalisée mais un symbole prouvant que les américains n'avaient pas toujours la supériorité alors que beaucoup pensaient que tout était déjà fini.
 
Spécifications
  N1K1 Kyofu N1K1-J Shiden N1K2-J Shiden Kai
Envergure 12 m 12 m 12 m
Longeur 10,589 m 8,885 m 9,345 m
Hauteur 4,75 m 4,06 m 3,96 m
Surface alaire 23,5 m2 23,5 m2 23,5 m2
Masse à vide 2 752 kg 2 897 kg 2 657 kg
Masse maxi 3 712 kg 4 321 kg 4 860 kg
Vitesse maxi 264 kt 315 kt 321 kt
Dist. franchissable 900 MN 1 374 MN 1 293 MN
 
Motorisation
N1K1 Kyofu Mitsubishi MK4E Kasei 15, 1530 ch ( [Ha-32]15 )
N1K1-J Shiden Nakajima NK9H Homare 21, 1990 ch ( [Ha-44]21 )
N1K2-J Shiden Kai Nakajima NK9H Homare 21, 1990 ch ( [Ha-44]21 )
Armement
N1K1 Kyofu 2 x 7.7 mm et 2 x 20 mm
N1K1-J Shiden 2 x 7.7 mm et 4 x 20 mm
N1K2-J Shiden Kai 4 x 20mm
 
Photos
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Sources
Japanese aircraft of the Pacific War, René J. Francillon
Samurai ! par Saburo Sakai (biographie) : Sakai a été un des essayeurs du Shiden, mais il ne l'aimait pas !
Famous airplanes of the world #53 éditions Bunrindo en Japonais (introuvable en France, super photos)
Imperial Japanese Navy aces of WW2, éditions Osprey
Genda's Blade,343th kokutai : Japan's squadron of aces, par Sakaida et Takaji paru en mars 2003
Site de passionnés : www.j-aircraft.com
Vous pouvez piloter le N1K2-J dans Combat Flight Simulator 2 de Microsoft, et vous prendre pour Muto.
 
Auteur : Yann Delcan.
 
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