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Guide d'identification
Mitsubishi J2M Raiden `Jack'
 
Fiche d'identité
Type Chasseur terrestre
Construction entièrement métallique, surfaces de contrôle entoilées.
Moteur Mitsubishi Kasei [Ha-33], 14 cylindres en double étoile, refroidi par air avec injection d'eau et de méthanol. Développant 1870ch au décollage.
Armement : 2 mitrailleuses de fuselage de 7,7mm et 2 canons de 20mm d'ailes (J2M2) ou 4 canons de 20mm d'ailes (modèles suivants).
Dates clés Spécification 14-shi de 1939. 1er vol en mars 1942.
Constructeur Mitsubishi (cellule + moteur)
Equipage 1 pilote dans un habitacle fermé
 
Résumé
En rupture avec la philosophie typée `1ère Guerre Mondiale' de la Marine, Mitsubishi fut mandaté pour réaliser un chasseur terrestre d'interception ayant un fort taux de montée et une vitesse importante. Ces performances ainsi qu'un armement conséquent et une protection des réservoirs et du pilote pouvaient (enfin) être atteints au détriment de la maniabilité et du poids.
Mitsubishi réussit donc à fabriquer `l'intercepteur de la Marine J2M2 Raiden' dès 1943. Cet avion massif mais à l'aérodynamique raffinée devint l'équivalent du Ki-44 de l'Armée et il lui fut confié les missions d'interception des bombardiers alliés dès les batailles des Philippines jusqu'à l'assaut final des B29 sur le Japon.
Les bonnes performances de l'avion et la fiabilité de son moteur étaient appréciées des pilotes même si les Jack ne pouvaient réellement rivaliser avec les Hellcat en combat tournoyant du fait d'une maniabilité moyenne. Le Jack restera le seul appareil de la marine capable d'intercepter dans de bonnes conditions les B29 de jour à haute altitude. Les dernières versions (J2M3,4,5 et 6) étaient réellement performantes dans ce rôle.
Cependant, d'importants problèmes de visibilité et de vibrations vinrent ternir l'historique de l'avion en plus de quelques désintégrations en l'air jamais vraiment élucidées.
Des décisions politiques malheureuses et les bombardements US, comme pour le N1K2-J, aboutirent à une production totale de seulement 476 avions : la quantité initialement prévue d'un mois de production !
Aux USA, les Jack expédiés pour essai surprirent les pilotes américains par leurs excellentes qualités de vol.
Il reste un seul Jack (un J2M3) dans le monde et il est exposé en Californie à Chino.
 
L'histoire en détail
En 1938, Mitsubishi fut approché par la Marine dans le but d'étudier un appareil destiné à l'interception pure. En rupture totale avec la philosophie du `tout-pour-la-maniabilité' encore en vogue au Japon et largement dépassée en Europe et aux USA. Jiro Horikoshi (le père du Zéro) fut mis à la tête d'une équipe, mais la production et le développement du Zéro occupèrent les ingénieurs et le projet fut mis de côté.
Cependant, en Septembre 1939, la Marine devait officiellement lancer une spécification 14-shi pour un intercepteur capable d'atteindre la vitesse de 373mph à 19685ft. L'appareil devait atteindre cette altitude en moins de 5 minutes et 30 secondes et d'avoir une autonomie de 45 minutes à puissance maximum. Une plaque de blindage devait protéger le dos du pilote et l'armement offensif nominal devait inclure 2 mitrailleuses de 7.7mm et 2 canons de 20mm (comme le Zéro).
Priorité étant donnée à la vitesse, Horikoshi considéra la possibilité de construire son avion autour du moteur Aichi Atsuta, une version locale du DB601 allemand. Ce moteur V12 inversé refroidit par eau développait 1200ch environ et avait une faible surface frontale (utilisé par le bombardier en piqué D4Y Judy et le chasseur Ki-61 de l'Armée et bien sur le Bf109E). Mais le gros et fiable moteur 14 cylindres en double étoile Mitsubishi MK4C Kasei 13 ([Ha-32]-13 dans la désignation inter-armes japonaise) fut retenu pour sa fiabilité, sa bonne puissance (1450ch à sec) malgré son fort maître-couple et sa soif de carburant.
La première ébauche prévoyait un gros fuselage trapu, le moteur étant reculé vers le centre et une hélice tripale au bout d'une longue tige d'extension d'arbre dans le but d'améliorer l'aérodynamisme (faible surface frontale perpendiculaire). Le refroidissement du moteur étroitement caréné étant confié à un ventilateur solidaire de l'axe d'hélice comme le Fw190. Un pare-brise très petit et très incliné (genre P51 de compétition pour les courses de Reno) ainsi que des profils très laminaires devaient encore améliorer la vitesse.
Pour le combat, des volets spéciaux devaient améliorer la maniabilité, la surface alaire étant faible.
/Le J2M1 14-shi
Bien que les études aient débuté en 1940, les ingénieurs se consacrant essentiellement au développement du A6M, le premier prototype ne vola que le 20 mars 1942. Equipé d'un moteur Kasei 13 et une hélice tripale, les performances étaient décevantes. La vitesse de 357mph étant largement inférieure aux 373 requis, mais surtout, il fallait 7 minutes 50s pour atteindre les 19685ft au lieu des 5'30'' spécifiés. De plus, le pare-brise arrondi faussait complètement les repères. Il y avait aussi des problèmes de pas d'hélice, de train d'atterrissage et de commandes ! Il était urgent de faire quelque chose.
Production : 3 prototypes.
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/Le J2M2 Type 11
Pour augmenter les performances, un moteur MK4R-a Kasei 23a de 1870ch avec injection d'eau et méthanol fut monté. Une hélice 4 pales et des pipes d'échappement propulsives permirent de gagner encore un peu de vitesse : 371mph. Un léger raccourcissement du fuselage et un cockpit nettement plus traditionnel permirent d'améliorer la visibilité, mais le J2M restera carencé en la matière. Equipé de l'armement prévu : 2 mitrailleuses de 7,7mm type 97 dans le fuselage et 2 canons de 20mm type 99 modèle 2 avec respectivement 550 et 200 coups chacuns. Le prototype du J2M2 modèle 11 prit l'air le 12 octobre 1942.
La production démarra immédiatement après ces modifications mises en œuvre. Cependant, les Raiden 11 avaient encore beaucoup de problèmes de jeunesse : vibrations moteur et fumées à plein régime. Les ingénieurs corrigèrent une partie des problèmes mais les vibrations subsistèrent jusqu'à la fin. Des problèmes de conception des commandes provoquèrent des accidents et certaines désintégrations en l'air resteront à jamais inexpliquées.
Un réservoir largable central de 300 ou 400l était souvent utilisé du fait de la faible autonomie de l'avion. Deux bombes de 30 ou 60kg pouvaient être accrochées sous les ailes.
Le J2M2 entra en service opérationnel en décembre 1943.
Production : 155.
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/Le J2M3 Type 21
Le J2M3 fut produit en même temps que le J2M2, mais il le supplanta comme étant la version la plus prolifique du Raiden.
Dans le but d'augmenter la puissance de feu, Mitsubishi modifia l'aile pour recevoir 4 canons de 20mm : deux à long tube et à tir rapide modèle 2 (comme sur les Zéro 52) et deux (à l'extérieur) entièrement dans l'aile modèle 1 à cadence lente (comme sur les Zéro 21/32/22).
Ces modifications obligèrent à réduire la capacité en carburant, aussi, les J2M3 avaient souvent un réservoir externe. Un gros radiateur d'huile apparut sous le moteur pour corriger des coulages de bielle récurrents sur le J2M2.
Les J2M3 opérationnels apparurent en février 1944. Les problèmes cités précédemment et des soucis de fabrication conduirent la Marine à adopter le N1K1-J Shiden `George' comme fer de lance au détriment du Raiden qui devait totalement disparaître à l'apparition de l'A7M Reppu `Sam' qui n'arrivera jamais en unités. Du coup, face aux B29, les N1K1-J ayant des performances faiblardes en altitude, le J2M3 revint sur le devant de la scène.
Les Raiden reçurent leur baptême du feu pendant la bataille des Philippines mais c'est surtout ensuite, dans la défense du Japon contre les B29 qu'ils furent utilisés dans leur rôle initial. Et ils se comportèrent bien.
Pour améliorer les performances de l'armement (les 2 types de canons étant difficiles à utiliser simultanément), Mitsubishi entreprit de monter 2 canons modèle 2 en gondoles à la place des modèle 1 d'ailes dans les J2M3a. Les meilleures performances balistiques ne valaient pas la traînée engendrée : seulement 21 exemplaires.
Des modifications sur le terrain faisaient apparaître 2 canons à tir oblique (type Schrage musik) de part et d'autres du pilote sur certains avions.
Production des J2M3 : 350
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/Le J2M4 modèle 32
Dans certains ouvrages, on parle de `modèle 34'.
Dans le but d'améliorer les performances en altitude, une version à turbocompresseur du Kasei fut essayée. Le Kasei 23c permettait de maintenir une puissance de 1420ch à 30.000ft au lieu des 15.000 habituels. Les performances à hautes altitudes s'en trouvant grandement améliorées. 2 canons à tir oblique `Schrage musik' montés dans le fuselage de part et d'autre du pilote complétaient la panoplie du parfait intercepteur de B29. Mais des problèmes de mise au point du compresseur poussèrent à l'aboandon du projet. Le J2M4 inaugurait un nouveau cockpit et des flancs de fuselages biseautés pour améliorer la visibilité.
Production : 2 prototypes
/Le J2M5 modèle 33
Un moteur MK4U-4 Kasei 26a avec un compresseur à 3 étages monté dans une cellule de J2M4 permit de réaliser le prototype du Raiden 33. Ce sera la version la plus véloce du Raiden avec 382mph. Mais la fin de la guerre approchant, dans la panique générale de la dispersion de l'industrie japonaise, seulement 35 exemplaires seront produits. Signe extérieur : un petit radiateur contrairement au J2M6.
Au moins un exemplaire avait 2 canons de 30mm d'aile « à l'extérieur », impossible de savoir si les 2 canons de 20mm sont toujours en place.
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/Le J2M6 modèle 31
Version prévue chronologiquement avant les J2M4 et 5, c'est une cellule à cockpit améliorée avec un moteur Kasei 23a.
Production : 1, mais le nouveau cockpit sera installé sur un mombre indéfini de J2M3 vers la fin de la production. Dans la littérature japonaise, on voit plusieurs `J2M6', ce qui tendrait à prouver qu'il y en ait eu plus que un. Ou alors, serait-ce les J2M3 à cockpit agrandi ?
/Les projets
Le J2M7 modèle 23 devait être un J2M3 avec un moteur Kasei 26a de J2M5. Le J2M6a devait incorporer l'armement du J2M3a. Le J2M7a avait les mêmes capacités.
/Epilogue
Au moins un exemplaire du Raiden, un J2M3 sera capturé et testé par les américains aux USA avec le numéro de code S12. Je ne sais pas si c'est cet exemplaire qui demeure le seul Raiden au monde dans un musée. Toujours est-il que cet avion apparaît en photos coupé en deux et fortement endommagé en 1946. Il y a plusieurs photos de deux Raiden 21 en patrouille et en camouflage Anglais avec des marquages ATAIU-SEA BI-01 et 02. Que sont-ils devenus ?
Le Raiden a fortement impressionné les pilotes alliés qui l'essayèrent : excellentes qualités de vol et de décrochage, stabilité. Mais aussi, vision réduite, faible autonomie et mauvaise fiabilité. Rien de nouveau en quelques sortes.
/Couleurs
Comme toujours, les prototypes sont uniformément orange. Puis, les modèles de série reçoivent un camouflage vert IJN dessus, gris clair IJN dessous et une étroite bande noire anti-reflets du cockpit au bout du capotage moteur. L'antenne ainsi que le cône d'hélices sont marrons sauf marquage d'unités particuliers. D'importantes traces d'usure apparaissent au niveau des zones `piétonnières' mais aussi sur tout le reste de la carlingue. Sans doute la cause des vols à haute altitude et de peintures de mauvaise qualité à la fin de la guerre.
Les hinomarus (disques rouges) sont souvent cerclés de blanc. Généralement, les insignes d'unités sont marquées sur la dérive, mais des bandes de fuselage jaunes ou blanches sont fréquentes pour les avions de leaders.
Des bandes jaunes de reconnaissance rapide sont appliquées sur les bords d'attaque. Plusieurs avions du 352e kokutai (escadre) avaient des peintures voyantes d'éclairs sur le fuselage.
/Conclusion
Le Raiden restera l'adversaire attitré des B29 dans la dernière année de la guerre. Marquant un tournant dans la philosophie militaire japonaise, cet appareil de la classe 2000ch, bien armé et bien protégé avait tout pour réussir s'il avait été lancé à temps. Les problèmes récurrents de vibrations et de visibilité auraient sans doute pu être corrigés dans le temps. Mais dans le marasme de 1944-1945, les qualités de fabrication de moteur comme des cellules et le faible entraînement des pilotes qui le menaient au combat n'étaient pas de taille contre la machine de guerre américaine. Cependant, certains pilotes expérimentés tels que le sulfureux Sadaaki Akamatsu ont prouvé qu'ils pouvaient sortir vainqueurs d'un engagement contre des chasseurs US tels que le P51 ou le Hellcat. Le Raiden reste un appareil peu connu du fait de sa faible diffusion, mais c'était un avion remarquable et d'une esthétique brutale, à la manière du Fw190. Dommage qu'il n'en reste plus qu'un au monde. Et si FW en fabriquait des neufs ?
 
Spécifications
  14-shi, J2M1 J2M2 m. 11 J2M3 m. 21 J2M4 m. 32 J2M5 m. 33
Envergure 10,795 m 10,795 m 10,795 m 10,8 m 10,8 m
Longeur 9,90 m 9,70 m 9,70 m 9,945 m 9,945 m
Hauteur 3,82 m 3,81 m 3,81 m 3,945 m 3,945 m
Surface alaire 20,05 m2 20,05 m2 20,05 m2 20,05 m2 20,05 m2
Masse à vide 2 191 kg 2 527 kg 2 574 kg 2 823 kg 2 510 kg
Masse maxi 3 205 kg 3 807 kg 3 946 kg 4 307 kg 3 900 kg
Vitesse maxi 574 km/h 596 km/h 596 km/h 585 km/h 604 km/h
Dist. franchissable 1 422 km 1 055 / 2 520 km 1 055 / 2 520 km - -
 
Motorisation
14-shi, J2M1 Mitsubishi MK4C Kasei 13, 1460 ch
J2M2 m. 11 Mitsubishi MK4R-a Kasei 23a, 1870 ch
J2M3 m. 21 Mitsubishi MK4R-a Kasei 23, 1870 ch
J2M4 m. 32 Kasei 23c, 1820 ch turbocompresseur
J2M5 m. 33 Mitsubishi MK4U-4 Kasei 26a, 1820 ch
Armement
14-shi, J2M1 aucun
J2M2 m. 11 2 x 7.7 mm + 2 x 20 mm
J2M3 m. 21 4 x 20 mm, parfois + 2 x 20mm obliques
J2M4 m. 32 4 x 20mm + 2 x 20mm obliques
J2M5 m. 33 4 x 20mm ou 2 x 30mm + 2 x 20 mm
 
Photos
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Sources
Japanese aircraft of the Pacific War, René J. Francillon
Samurai ! par Saburo Sakai (biographie)
Famous airplanes of the world #61, éditions Bunrindo (en japonais)
Imperial Japanese Navy aces of WW2, éditions Osprey
 
Auteur : Yann Delcan.
 
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